Braud, Michel / Escritor
Qu'entend-on par journal personnel en ce début de XXIe siècle,à un moment où le genre connaît un développement sansprécédent ? Quels sont, du Journal de Stendhal au Mausoléedes amants d'Hervé Guibert, les caractères de ces textes, qu'onles appelle journaux intimes, journaux littéraires, journaux devoyage, journaux de guerre... ?Tenter de répondre à cette question, c'est d'abord rencontrerla figure du diariste, source et objet du discours personnel, enretrait du monde et penché sur ses propres profondeurs,développant le discours qu'il ne tient pas devant autrui. C'estensuite lire les notes quotidiennes comme autant de saisies del'instant et de jalons du passage du temps, qui font du journalune «espèce d'histoire», un récit apparemment sans structure,disparate et bigarré. C'est encore poser la question de la destination,ou plus précisément de la figure de lecteur que letexte pose ou présuppose : comment le diariste, qui affirmesouvent n'écrire que pour lui-même, prévoit-il, voire met-ilen place une lecture extérieure ? C'est enfin s'interroger sur lestatut du genre : quelle littérarité le journal peut-il se voirreconnaître, par renversement des valeurs littéraires ?Car, finalement, décrire le journal, c'est se demander ce quepeut être une littérature intime. Et c'est se demander ce qu'estla littérature.